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Laurent Bàn, sa folle carrière

11 May 2017

Publié par Music All - 8 Mai 2017


Du Fantôme de l’Opéra à Zorro en passant par Phoebus ou Salieri, Laurent Bàn n’en est plus à son coup d’essai en ce qui concerne les spectacles musicaux. Après de nombreux rôles et presque autant de voyages, il interprète désormais Dick alias Miss Mitzi dans la comédie musicale « Priscilla, folle du désert » au Casino de Paris. Music All a eu le privilège de le rencontrer…

 

 

 

 

 

Music All : Bonjour Laurent. Tu es actuellement à l'affiche du nouveau spectacle « Priscilla, folle du désert ». La première fois que nous t’avons rencontré, tu as partagé avec nous ta fatigue au bout d'une longue semaine de spectacle.

 

Laurent Bàn : Oui. Le show fait plus ou moins 2h10, les trois drag queens sont pratiquement toujours sur scène et sont toujours au taquet. C’est très éprouvant, d’ailleurs nous avons tous perdu quelques kilos dans la bataille. La fatigue est notre lot dans ce type de show, mais elle est positive. On se doit d’être performants à la fois au niveau du chant, du jeu, de la danse, lors des changements rapides… C’est très intense.
Nous faisons une pause les lundis et mardis mais en ce moment ces jours sont consacrés aux répétitions et aux nombreuses promotions, il n’y a donc aucun répit… Enfin, il y a pire comme situation.

 

M.A. : Les chorégraphies du spectacle sont parfois voire souvent assez acrobatiques. Comment et combien de temps avez-vous dû répéter pour pouvoir les assurer et qui plus est perché sur une paire de talons hauts ?

 

L.B. : C’est vrai que la version française possède plus de chorégraphies que la version qui tourne depuis 2006 dans le monde entier. On nous a fourni une paire de talons, aux leads comme aux danseurs, et nous nous sommes entraînés plusieurs semaines avant le début des répétitions pour avoir l’air naturel et sexy dans notre démarche. Même si ces talons font 11  centimètres, j’avais déjà appris l’art des claquettes pour le show « Mistinguett » ou encore des chaussures à talons hauts pour danser le flamenco dans « Zorro », c’était donc plus un travail d’équilibre complémentaire.

Certes les mollets et les lombaires en prennent un coup sur un show aussi intense mais le problème principal reste la négociation des chorégraphies avec les incroyables costumes du show. Par exemple, la robe fourreau lors de la première apparition de Miss Mitzi possède une immense collerette pesant des tonnes, m’empêche quasiment de bouger les jambes. Le plus difficile fut de dompter les costumes 5 jours seulement avant la grande Première de « Priscilla, folle du désert». Il a fallu réadapter à la dernière minute les mouvements de chacune des chorégraphies et se nourrir de ce qu’ils provoquaient dans nos déambulations.

 

M.A. : Après l'avoir vu une première fois, on a pu constater des costumes souvent osés. Ne faut-il pas avoir une certaine confiance en son propre corps pour assumer le rôle d’une drag queen très féminine et à moitié nue sur scène ?

 

L.B. : Et oui, on peut admirer beaucoup de jolies paires de fesses à l’air libre dans Priscilla. Lorsque j’ai interprété Berger dans  « Hair », je jouais des scènes entièrement nu ; du coup Priscilla pourrait presque passer pour un show puritain à côté. Jouer un personnage, c’est ressentir ce qu’il ressentirait, penserait et assumerait. Personnellement, en tant que Laurent Bàn, je dois avoir une partie « exhibitionniste », car il faut pouvoir se montrer sous toutes les coutures selon les besoins de l’histoire. Dans ce cas précis,  le personnage est une drag queen et assume donc le port de ces costumes exubérants et l’exposition de certaines parties plus intimes.

 

M.A. : Dans le spectacle, Dick s'inquiète de façon touchante du regard posé par son fils sur son père drag-queen. T'es-tu servi de ton propre rôle de père afin de jouer cette scène ?

L.B. : Au début du spectacle, j’apparais assis à ma table de maquillage sur lequel repose un cadre où est censé être exposé la photographie de mon fils Benji. En réalité, j’y ai glissé la photo de mes deux bébés, Sebastian et Gabriel. J’aime les avoir avec moi pour ouvrir le show, c’est pour eux que je chante mon premier titre « Say a little pray for you ». J’aime les enfants, et je suis d’autant plus dingue gaga des miens. Leur présence en image à mes côtés sur scène amène une part de tendresse, de peur, de besoin de protection que j’insuffle au personnage de Dick dans son rapport avec son fils.

 

M.A. : Nous sommes en 2017, ce spectacle reprend un film sorti dans les années 90, comment expliques-tu cet engouement pour le disco encore maintenant ?

 

L.B. : On connaît tous les grands standards du disco qui restent indémodables. Peu importe l’âge, c’est un style musical très festif. Ca évoque une époque de folie ambiante, de partage, les gens s’éclataient en s’assumant totalement avec des costumes flashy et moulants.

On peut admirer beaucoup de jolies paires de fesses à l’air libre dans Priscilla.

 

M.A. : Tu joues majoritairement des rôles qui existaient déjà auparavant (Monte-Cristo, Hamlet, l'Aviateur, Salieri, Dick, Zorro etc.). Comment réussis-tu à t'approprier aussi bien les rôles que les gens connaissaient déjà ?

 

L.B. : La plupart des personnages que j’ai pu interpréter sont des rôles ancrés dans l’imaginaire populaire. C’est donc à moi de les interpréter en respectant d’un côté ce qu’ils étaient réellement et d’autre part d’y ajouter ma propre dimension personnelle. Je ne m’intéresse pas aux versions qui ont été faites auparavant pour créer ces personnages, je ne veux pas être influencé d’aucune manière. Par exemple, pour le rôle de Salieri créé par Florent Mothe dans « Mozart L'Opéra Rock », j’ai dû repartir à zéro pour ne pas faire un copié-collé, ce qui aurait été complètement inintéressant. Nous avons chacun nos personnalités.  J’y ai donc ajouté mes propres détails, en utilisant ma gestuelle et ma carrure. Le détail des yeux vairons de différentes couleurs était important pour moi pour signifier la dualité intérieure du personnage. Enfin, j’ai chanté les titres avec les qualités de ma voix au service du rôle, sans chercher à imiter, mais bien en proposant autre chose de nouveau.

Dans le film Priscilla l’interprète de Miss Mitzi, Hugo Weaving, est physiquement à l’opposé de moi, il était impossible d’en faire un clone…c’est donc un travail de complète création, c’est ce qui rend les choses excitantes !

 

M.A. : Quel est, à tes yeux, ton plus beau spectacle ou rôle ?

 

L.B. : J’ai adoré faire la voix du Fantôme de L’Opéra pour le film de Joel Schumacher et Andrew Lloyd  Webber. Malheureusement, les soucis dus à l’incendie à Mogador ont empêché l’œuvre de se monter en France et sur scène. Je reste donc pour quelques temps l’artiste qui a eu le privilège de donner sa voix en Français à ce personnage mythique de la Comédie Musicale internationale.

Chacun des rôles que j’ai pu interpréter  évoque une période de ma vie, je les aime tous. « Notre Dame De Paris » de Luc Plamondon, c’était un rêve de gamin. Fouler les planches de Mogador en 2001 puis du Palais des Congrès en 2005 fut une expérience incroyable sans compter la tournée dans le monde de 3 ans qui a suivi. Le rôle d’Hamlet, en Italie, en langue italienne, était également un rôle hallucinant et intense émotionnellement.
 

M.A. : Tu as joué dans de nombreux pays (Russie, Corée, Japon, Italie, Taiwan) pour des shows comme « 3h à Paris », « Amadeus Mozart L’Opéra Rock », « Notre Dame De Paris », « Hamlet » par exemple. Y avait-il une réelle différence entre jouer en France et jouer à l'étranger ? Quels souvenirs gardes-tu de ces publics ?

 

L.B. : Là-bas, le public aime s’exprimer, ils aiment, hurlent leur plaisir, peuvent attendre des heures à l’entrée des artistes à la fin du show ou à notre arrivée, et ce, en très grand nombre. Ils nous offrent des cadeaux, des cartes, parfois de longues lettres enflammées, c’est une vraie histoire d’amour.

J’aime beaucoup le public italien qui semble très connaisseur. En France, selon les soirs et les endroits, nous avons différents types de réactions, parfois ils se déchaînent, parfois ils sont dans l’écoute de manière très sage… Même si les shows musicaux fleurissent en France chaque année et de plus en plus, notre pays fait peu à peu son éducation de la culture de la comédie musicale, elle n’est pas ancrée profondément comme elle peut l’être dans le reste du monde. On parle plus de show musicaux à la française.

 

M.A. : As-tu eu l'occasion de jouer dans d'autres langues que le français, l'espagnol ou l'italien ?

L.B. : J’aime beaucoup chanter dans la langue du pays que je visite. Pour « Mozart L’Opéra Rock », j’ai demandé à faire une version coréenne de l’Assasymphonie. C’est très bien accueilli en général et faire tomber la barrière de la langue me rapproche du public. 

Tu pars en Corée cet été pour une série de concerts. Pourquoi as-tu cette envie de retourner là-bas ?

 

L.B. : Je vais là où on veut de moi, les gens ont envie de me voir là-bas en tant que « chanteur ». J’ai fait « Notre Dame De Paris », puis « Le Petit Prince » et « Mozart L’Opéra Rock » ainsi que des concerts entre la Corée, le Japon et la Chine. Comme je le disais, il se passe quelque chose entre le public asiatique et moi, le petit français…tant que ça dure.

 

M.A. : Quelle est ta scène préférée de Priscilla ? Peux-tu nous raconter une anecdote du spectacle ?

 

L.B. : Pendant un essayage costume, j’ai eu un problème de reins et j’ai passé ma soirée et quasi toute la nuit aux urgences à une semaine de la première. J’étais fatigué, déshydraté et je ne savais pas si j’allais pouvoir revenir vite.

Je n’ai pas vraiment de scène préférée en particulier, celle avec mon fils Benji est très touchante, mais il y a aussi celle des Fleurs du Désert qui apporte une très belle énergie et une ambiance de folie pour clore le premier acte. L’apparition de la robe tongs fait également toujours son petit effet… Ce qui est intéressant c’est le parcours et la cohésion des trois personnages. Une vraie belle amitié est née entre Bradley (Jimmy Bourcereau) Bernadette (David Alexis) et moi, sur scène comme dans la vie… C’est ce que je garderai longtemps je pense.

 

M.A. : Avez-vous un cri de guerre avec l'ensemble de la troupe ?

 

L.B. : A quelques minutes du show on procède à la cérémonie de « la Tortue », on se tient la main derrière le rideau tous ensemble, on se motive, l’un de nous fait un discours et on se sépare en se tapotant le derrière au son du « Toï-Toï » !

 

M.A. : Tu as joué à la télé (dans « Chante ! » notamment). Envisages-tu de retourner vers cet aspect de ta carrière un jour ?

 

L.B. : J’ai une préférence pour le cinéma. Au cinéma on a vraiment le temps, on prend une journée entière pour filmer 30 secondes ; en série télévisée on filme plutôt 20 minutes, ça change radicalement la façon de travailler. Je préfère personnellement l’adrénaline du spectacle vivant, le contact direct avec le public.
 

M.A. : Qu'as-tu retiré des expériences d'adaptation (« Marlene D. The Legend  » notamment, qui a eu le Marius du meilleur musical) ? Penses-tu adapter ou créer autre chose prochainement ?

 

L.B. : J’aime beaucoup écrire, j’en ai eu l’opportunité plusieurs fois, comme pour « Le Journal D’Adam Et Eve » avec Chiara Di Bari ou Marlène D ; qui était plus un travail d’adaptation et pour lequel j’avais reçu en 2009 le Prix Marius de « la meilleure adaptation ». L’écriture prend beaucoup de temps, seul. L’expérience de la mise en scène m’aide au quotidien dans ma gestion de l’espace. Je suis formé au conservatoire d’Arts Dramatiques en tant que comédien mais également aux cours d’Actor Studio. Chaque expérience est utile, bonne ou mauvaise. Je suis actuellement sur un nouveau projet d’écriture…

 

M.A. : Tu penses à te lancer vers une carrière solo ?

 

L.B. : Elle se profile en Asie, j’en ai l’opportunité. Mon deuxième album PRIMA y sortira courant juin. J’ai plusieurs concerts déjà prévus, entre le Japon, la Corée, la Chine, la Russie et l’Ukraine…

 

M.A. : Tu as fait les Beaux-Arts, pourquoi et comment as-tu choisis de te diriger finalement vers la scène ?

 

L.B. : J’ai fait des études d’arts graphiques, j’adore dessiner depuis l’enfance et j’ai toujours pensé que j’en ferais une carrière. Le travail du graphiste est très solitaire. On ne partage avec le public que lors de l’exposition de son travail. Sur scène, il existe un contact permanent avec le public et un échange immédiat. J’ai ressenti une telle décharge d’adrénaline la première fois que je suis monté sur scène que naturellement je me suis éloigné du monde solitaire du graphisme et de la peinture, afin de revivre cette sensation de plénitude et d’euphorie le plus souvent et le plus intensément possible.

 

M.A. : Toutes ces expériences sont très tournées vers l’artistique, comment as-tu découvert cette vocation ?

 

L.B. : Mon père, qui était ingénieur, rentrait le soir et jouait de la guitare, nous chantait des chansons à mon frère David, et moi, et il dessinait un peu… Je crois que c’est vraiment lui qui m’a donné cette envie.
 

M.A. : Tu es comédien et chanteur comme Chiara Di Bari, actuellement à l’affiche de la pièce « Einstein, un baby sitting explosif » au théâtre des Blancs Manteaux et en tournée avec la Compagne Trabucco. N’est-ce pas difficile de concilier vos vies professionnelles et privées ?

 

L.B. : On ne se voit pas beaucoup, elle joue avec plusieurs troupes au sein de différentes productions en ce moment. On se quitte au matin, on ne se retrouve pas forcément le soir, c’est compliqué mais c’est la loi de ce métier.

 

Vous pourrez retrouver Laurent Bàn et la troupe de « Priscilla, folle du désert » pour leur retour sur les planches du Casino de Paris dès le 25 mai jusqu'au 9 juillet 2017 avant une tournée dans toute la France. 

 

Propos recueillis par Célia et Gaëlle pour Music All.

 

 

 

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